Les troubles anxieux connaissent une augmentation marquée chez les étudiants, une tendance qui s’affirme depuis plusieurs années et qui semble s’installer durablement dans le paysage universitaire. Derrière les amphithéâtres pleins, les bibliothèques animées et les campus dynamiques, se cache une réalité plus sombre : un nombre croissant de jeunes vivent des niveaux d’anxiété qui dépassent largement le stress ponctuel lié aux études. Pour comprendre cette hausse, il faut observer l’ensemble des pressions qui s’exercent sur eux, souvent silencieuses mais profondément impactantes.
La première cause réside dans la pression académique croissante. Les études supérieures se sont intensifiées, avec des exigences plus élevées, des évaluations fréquentes et une compétitivité accrue. Beaucoup d’étudiants ressentent l’obligation de maintenir un excellent niveau pour obtenir un stage, intégrer un master sélectif ou décrocher un emploi dans un marché du travail incertain. Cette pression permanente sape peu à peu leur équilibre, transformant les périodes d’examen ou de rendu en sources d’angoisse persistante.
À cette pression scolaire s’ajoute la charge mentale liée à l’orientation. Choisir son parcours, se réorienter, trouver sa voie — toutes ces décisions surviennent souvent à un moment où les étudiants ne se connaissent pas encore suffisamment eux-mêmes. La peur de faire le mauvais choix, d’échouer ou de décevoir leur entourage peut devenir envahissante et alimenter un état anxieux durable.
L’instabilité financière constitue un autre facteur déterminant. Une grande partie des étudiants jongle entre cours, petits boulots, stages peu rémunérés et dépenses essentielles comme le logement ou les transports. Cette précarité, parfois invisible, génère un stress profond : comment payer le loyer ? Comment financer les études ? Comment concilier travail et réussite universitaire ? Le sentiment de ne jamais pouvoir se reposer crée un terrain fertile pour l’anxiété chronique.
Les étudiants sont également exposés à une forme d’isolement particulier. Loin de leur famille, parfois dans une nouvelle ville ou même un nouveau pays, ils doivent reconstruire un réseau social tout en s’adaptant à un rythme de vie exigeant. Certaines relations restent superficielles, d’autres s’étiolent, et les moments de solitude peuvent devenir pesants. Or, le manque de soutien affectif est l’un des principaux amplificateurs de l’anxiété chez les jeunes.
L’omniprésence du numérique joue enfin un rôle central. Les réseaux sociaux, en multipliant les injonctions à la réussite, à l’épanouissement et à la performance, renforcent un sentiment de comparaison permanente. Voir les réussites affichées des autres — stages prestigieux, voyages, soirées, projets personnels — crée un décalage douloureux avec son propre vécu, souvent plus compliqué. Par ailleurs, la surcharge d’informations et l’hyperconnexion réduisent encore les moments de repos mental, nécessaires pour réguler l’anxiété.
Les crises récentes, qu’elles soient sanitaires, climatiques ou géopolitiques, ont ajouté une couche d’inquiétude globale à cette réalité individuelle. Beaucoup d’étudiants se sentent désorientés dans un monde qui semble instable et imprévisible. Ce climat d’incertitude nourrit des questions existentielles : « À quoi ressemblera mon avenir ? », « Vais-je trouver ma place ? », « Cela vaut-il la peine d’investir autant d’efforts ? ». Ces interrogations, répétées et non résolues, renforcent les troubles anxieux.
Il faut aussi reconnaître que si les troubles anxieux semblent plus présents aujourd’hui, c’est en partie parce que les étudiants en parlent davantage. La parole se libère, les tabous se lèvent, et les jeunes osent davantage consulter des professionnels ou partager leurs difficultés. Cette évolution positive permet une meilleure identification de l’anxiété, mais révèle aussi l’ampleur du malaise.
La hausse des troubles anxieux chez les étudiants est le résultat d’un cumul de facteurs : pression académique, précarité économique, incertitude sociale, surcharge numérique et fragilité des liens affectifs. Pour y répondre, il est indispensable de renforcer les dispositifs de soutien psychologique sur les campus, de promouvoir une culture de bien-être plutôt que de performance, et d’aider les jeunes à développer des outils de gestion émotionnelle adaptés.
Comprendre ces raisons, c’est reconnaître la réalité de toute une génération qui cherche à avancer dans un environnement de plus en plus complexe, et qui a besoin d’être accompagnée avec empathie et bienveillance.