C’est un mot qu’on utilise souvent. Trop souvent. On dit « je suis fatigué » pour ne pas dire « je suis à bout ». On dit « je suis crevé » pour éviter de dire « je ne sais plus comment tenir ». On croit que c’est banal, passager. Mais ce que vivent beaucoup de jeunes aujourd’hui n’a rien de banal. Ce n’est pas juste de la fatigue. C’est un épuisement profond. Une fatigue de vivre, de faire semblant, de tenir le rythme, d’exister comme on attend d’eux.
Fatigue de toujours devoir prouver
Depuis l’enfance, ils entendent qu’il faut être les meilleurs. Bien se tenir, bien réussir, bien parler, bien s’adapter. Alors ils apprennent à sourire même quand ils ont envie de pleurer. À performer, à se taire, à faire comme si tout allait bien. Mais derrière l’apparence, ils s’usent.
Fatigués de devoir être brillants, motivés, passionnés, résilients. Fatigués de devoir avoir un « projet », un « plan », un « avenir tracé ». Parfois, ils ne veulent pas briller. Juste respirer.
Fatigue de se comparer
À chaque fois qu’ils ouvrent leur téléphone, un autre rappel : d’autres vont plus vite, font plus, ont l’air plus heureux. Même s’ils savent que c’est faux, que tout est filtré, que ce sont des fragments choisis… la comparaison s’infiltre. Subtilement.
Fatigués de se demander s’ils sont « à la hauteur », « en retard », « suffisants ». Fatigués de se juger eux-mêmes à l’aune de ce qu’ils voient chez les autres. Fatigués de toujours avoir l’impression de manquer quelque chose.
Fatigue d’avoir à tout porter
Ils vivent dans un monde instable, traversé par les crises – écologiques, économiques, sociales, identitaires. Et on leur demande d’être l’avenir. D’être la génération du changement. De sauver la planète, d’être engagés, lucides, éveillés, positifs.
Mais comment porter autant quand on a déjà du mal à se lever le matin ? Comment construire demain quand aujourd’hui est déjà trop lourd ?
Beaucoup sont fatigués d’avoir à être forts pour tout le monde. Ils aimeraient, eux aussi, être soutenus.
Fatigue sans cause évidente
C’est une fatigue étrange, sourde, difficile à expliquer. Il n’y a pas forcément de « raison » claire. Pas de traumatisme spectaculaire, pas de crise visible. Juste une lente érosion intérieure. Une perte de goût. De sens. Un poids diffus.
On se lève, on avance, on parle, on travaille… mais on ne sent plus rien. Ou trop. Tout devient flou. Ou trop vif.
C’est ça, aussi, la fatigue : une bataille invisible qui se livre chaque jour, sans témoins.
Fatigue du silence
Ils n’en parlent pas toujours. Parce qu’ils ne veulent pas inquiéter. Parce qu’ils ont peur d’être jugés. Parce qu’ils pensent que ce n’est pas « assez grave ». Parce qu’ils n’ont pas les mots.
Alors ils disent : « ça va », « je suis juste un peu fatigué », « ça va passer ». Et on les croit. Parce qu’ils sourient, parce qu’ils assurent, parce qu’ils ne font pas de bruit.
Mais à l’intérieur, c’est une tempête. Et plus le silence dure, plus la fatigue devient lourde.
Fatigue d’avoir à aller bien
Ils le savent : il faut prendre soin de soi. Il faut faire du sport, manger sain, méditer, se déconnecter. Mais parfois, même ça devient une pression. Une nouvelle injonction à gérer.
Et quand ils n’y arrivent pas ? Ils culpabilisent. Se disent qu’ils sont « nuls », qu’ils devraient faire mieux.
Fatigués, aussi, d’avoir à aller bien. D’avoir à montrer qu’ils vont bien. Fatigués de ne pas avoir le droit d’être simplement épuisés, sans explication.
Et maintenant ?
Il ne s’agit pas de dramatiser. Ni de réduire toute une génération à la souffrance. Mais simplement de reconnaître que cette fatigue-là existe. Qu’elle est réelle. Qu’elle n’est pas un caprice.
Ce n’est pas une faiblesse. Ce n’est pas un manque de volonté. C’est un signal. Un appel à ralentir. À écouter. À prendre soin. Vraiment.
Et à se rappeler que parfois, le plus grand courage, ce n’est pas de continuer. C’est de dire : je suis fatigué, j’ai besoin d’aide, j’ai besoin de repos. Et c’est ok.
Fatigue